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Sommaire

Introduction

Le devenir musical des psaumes 3000 ans après David

Un recueil parisien de psaumes, de chansons spirituelles et de motets (ca. 1565) : Genève BGE Ms. Mus. 572

« Marot, est-il aussi parmi les rabbins ? »

La langue des Psaumes

Le Psautier a conquis l‘Europe

Le psautier béarnais d‘Arnaud de Salette (1583)

La musique du psautier huguenot

Introduction

L‘utilisation protestante des psaumes en Angleterre (1530-1740)

« Lord, let not me, a worm, by thee be shent… »

Mary Sidney et les Psaumes

Faire chanter l‘assemblée au temps des premiers exils

La Fièvre des Huguenots de France

Du rôle des Psaumes dans la réflexion sémiotique et dans l‘identité confessionnelle entre 1648 et 1705

 
SHPF

Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français - Sommaire du numéro 158/2 du 2012/04/05/06

Les Psaumes de la Réforme : quatre cent cinquantième anniversaire du Psautier genevois (ou huguenot) - textes réunis par Francis HIGMAN et Inès KIRSCHLEGER

Introduction

les Psaumes, paroles et musiques

par Inès KIRSCHLEGER - Kirschleger EA BABEL , Université du Sud Toulon-Var

« Les Psaumes, paroles et musiques » : tel était l’intitulé des journées d’étude interdisciplinaires des 16 et 17 septembre 2010 organisées à Montpellier sous l’égide du laboratoire IRCL de l’Université Paul-Valéry Montpellier III (Institut de Recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières)1. Les intervenants avaient été invités à étudier, dans une approche multiculturelle et comparatiste, le traitement littéraire et musical des psaumes en France et en Angleterre aux XVIe et XVIIe siècles, au croisement de l’histoire des idées, de la théologie, de la musicologie et de la littérature. Nous produisons ici les actes de ces journées, à l’exception des articles exégétiques et théologiques2, qui paraîtront prochainement dans la revue Études Théologiques et Religieuses de l’Institut Protestant de Théologie.
« Les Psaumes, paroles et musiques » : intitulé vaste, vague peut-être, mais comment mieux définir le psautier que par la pluralité ? Comment mieux saisir ses enjeux, son impact, sa vitalité exceptionnelle d’un siècle à l’autre, qu’en l’approchant sous l’angle de la pluralité ? C’est là sans doute l’une des caractéristiques premières du psautier : il échappe à toute tentative de réduction, et sa définition se dérobe sans cesse. Car les psaumes offrent un texte complexe, aux multiples visages, aux vastes résonances. À la fois texte et image, mots et musique, outil et produit, matière et manière, on ne saurait les enfermer dans aucune catégorie fonctionnelle (liturgique, musicale, contemplative, réflexive…), ni aucune catégorie générique : leur souplesse et leur richesse les rendent aptes à alimenter différents champs de l’activité littéraire et éditoriale, poésie, sermons, exégèse, littérature d’édification, de controverse, de consolation… Les psaumes sont tout autant un lieu (biblique) qu’un corps, à l’image même de ce qu’ils décrivent : un corps souffrant qui porte les cicatrices de blessures existentielles profondes, un corps béant qui manifeste un désir d’absolu, un corps anxieux qui vit douloureusement l’attente, un corps joyeux qui exulte enfin quand il vit l’allégresse de la plénitude, un corps chantant qui trouve dans la musique une voix d’expression privilégiée du langage du coeur. Les psaumes sont ainsi l’expression la plus intime de tout ce que l’âme humaine compte d’aspirations les plus nobles et les plus hautes ; ils sont un coeur-lyre, pour lequel chaque psaume correspond au pincement d’une corde. Ils sont pulsation de vie, pulsation d’âme, dont l’amplitude n’a d’égale que la diversité des sentiments humains : joie et tristesse, rire et larmes, douceur et violence, cri et murmure, parole et chant, douleur et sérénité, bonheur et malheur… Le psautier est fondamentalement pluriel, dès son origine, par le nombre de textes qu’il contient, par la diversité des situations d’énonciation qu’il met en scène, par l’intensité des modulations vocales qu’il fait entendre. Et pour les siècles qui nous occupent, le psautier se décline sur toute une gamme d’enjeux confessionnels (les psaumes entrent dans l’élaboration de stratégies de conversion ou de propagation de la foi) ; d’enjeux politiques (les psaumes, en particulier le chant des psaumes à voix haute et dans les lieux publics, ont pu devenir le symbole d’une résistance au pouvoir monarchique, et l’étendard de ralliement de toute une communauté de foi qui vivait l’exclusion et la persécution politiques) ; d’enjeux littéraires, esthétiques et musicaux (ils sont le reflet des modes d’un temps, mais aussi un laboratoire où s’expérimentent de nouvelles formes, de nouveaux matériaux, de nouveaux outils) ; d’enjeux culturels et géographiques enfin. Les articles qui suivent dessinent les lignes d’une cartographie cultuelle et culturelle des psaumes, par-delà les frontières et les barrières linguistiques, et montrent combien ces différents enjeux se croisent et s’interpénètrent.
Ian Green (Université d’Édimbourg) retrace l’histoire de près de deux siècles d’utilisation protestante des psaumes en Angleterre, à travers une succession de versions de référence (celle de Miles Coverdale intégrée à la Great Bible, celle de Sternhold and Hopkins, celle de la Geneva Bible, celle enfin de la King James Bible), et montre comment versions en prose et versions métriques répondaient à des usages et à des objectifs différents, y compris pour les laïcs.
Marie-Christine Munoz (Université Paul-Valéry Montpellier III) envisage plus spécifiquement l’adaptation du livre des psaumes sous une forme poétique dans l’Angleterre des Tudor, puis des Stuart, en soulignant en particulier les enjeux théologiques et idéologiques de l’entreprise à partir de l’étude des psaumes pénitentiaux de Philip Sidney et de sa soeur Mary Sidney Herbert. Le travail littéraire précis d’adaptation de la poétesse Mary Sidney est ensuite analysé par Anne-Marie Miller-Blaise (Université Paris IV – Sorbonne), qui s’interroge sur l’originalité générique et esthétique du recueil sidnéien complet, par rapport au psautier Marot-Bèze d’une part, et par rapport à l’écriture de Philip Sidney d’autre part, puisque Mary Sidney relaie la plume de son frère dans le travail d’écriture des psaumes à la mort de celui-ci.
Si les textes du psautier voyagent et se font écho d’une langue à l’autre, les mélodies du psautier connaissent la même aventure fascinante : Alice Tacaille (Université Paris IV – Sorbonne) nous fait suivre l’évolution des mélodies des psautiers anglais du XVIe siècle, en montrant comment les choix qui ont présidé aux transformations musicales ont été fortement liés à la période d’exil continental vécu sous le règne de Marie Tudor.
Plus en aval sur le plan chronologique, les deux derniers articles interrogent les utilisations littéraires des psaumes en France au XVIIe siècle : Inès Kirschleger (Université du Sud Toulon-Var) s’intéresse aux liens entre écriture pamphlétaire et écriture psalmique sous le règne de Louis XIII, à travers l’étude de deux courts textes anti-protestants qui stigmatisent la « fièvre » et la folie du huguenot chanteur de psaumes. Enfin, Claire Fourquet-Gracieux (Université Paris IV – Sorbonne) interroge le lien entre paroles et musiques, entre productions versifiées et musicalité, dans les paraphrases et adaptations catholiques de psaumes de la seconde moitié du XVIIe siècle.
L’ensemble des contributions réunies ici montre ainsi combien le psautier est dès le XVIe siècle une affaire européenne, par la pluralité des langues qui l’investissent d’une part, et par sa mobilité d’autre part : le psautier voyage, s’exporte et s’importe, s’enracine et s’exhibe, se transmet et s’adapte, bref, il renaît toujours de ses cendres.

1. UMR 5186 du CNRS, dir. Pr. Nathalie Vienne-Guerrin, site http ://www.ircl.cnrs.fr/.
2. Elena Di Pede (Université Paul-Verlaine, Metz), « La vision de l’humain dans le psautier » ; Dany Nocquet (Institut Protestant de Théologie, Montpellier), « Le psautier, un recueil liturgique du second temple ».

2009 - Société de l’histoire du protestantisme français