"Une des gloires de l'Eglise d'Arles est d'avoir conservé intact le dépôt sacré de la doctrine. L'hérésie n'a jamais pu s'établir en son sein...". Ainsi s'exprime l'archevêque d'Aix au milieu du XIXème siècle quand s'établit la toute première communauté réformée de la ville.
Or, en feuilletant les registres paroissiaux de la cité entre 1679 et 1694, nous avons trouvé 23 abjurations enregistrées, chiffre bien modeste et significatif d'une absence de paroisse protestante organisée, à la différence de Nîmes ou de Marseille.
Ces renseignements ne représentent donc que des cas isolés, pour des raisons diverses que nous essayerons de cerner au travers des rares détails fournis par les registres.
Origine des convertis : la liste ci-après montre qu'aucun d'entre eux n'est originaire de la ville, huit sont venus du Dauphiné et de Haute-Provence, un de Dieulefit, quatre du Pays Vaudois, six du Languedoc, bastion de la Réforme, dont deux de Nîmes. Quelques-uns du Vivarais, du Rouergue, de la principauté d'Orange, de Picardie... Trois viennent de l'étranger mais avec des ascendants français: Rotterdam, Londres, Morges (Suisse), pays d'accueil des huguenots émigrés au début des persécutions.
Conditions sociales : on trouve deux dames nobles, Mignon de Berrien et Jacqueline Joussière de Burssinel, des bourgeois, des marchands, maître teinturier, apothicaire, trois soldats dont l'un appartient à la compagnie de M. de Sainte-Croix, capitaine dans le régiment de Provence et un autre à la compagnie de M. le chevalier du Mont du même régiment. En 1685, il était bien difficile de rester huguenot en persécutant ses coréligionnaires, même sur ordre du Roi.
D'autres convertis exercent des petits métiers : cardeur, jardinier, etc... Les âges s'échelonnent de 20 à 50 ans.
Toute la société du temps paraît dont être représentée dans cet échantillon sans qu'on puisse en tirer des conclusions valables.
paroisses où ont eut lieu les conversions : aucune conversion n'a eu lieu à St-Isidore, St-Laurent, Ste-Anne; par contre, on en rencontre une à St-Martin, à St-Pierre de Trinquetai1le et à St-Lucien, quatre à Ste-Croix et quatre à N.D. de la Major.
Mais surtout, on en dénombre douze à l'hôpital, l'Hôtel-Dieu. Celui-ci était à l'époque un lieu complèplètement clos où l'on recevait et soignait gratuitement les étrangers, les mendiants, les filles-mères et autres exclus de la société.
C'est une véritable prison où on les fait travailler et où les moyens de pression sont grands de la part des aumôniers, du père "espitallier", prêtre de l'Oratoire et même du grand vicaire et officiai de "Mgr. Illustrissime et Révérendissime Archevêque d'Arles". Au temps de la révocation, c'est un devoir de "ramener à la foi catholique, apostolique et romaine ceux de la R.P.R. ou de l'hérésie de Calvin dans laquelle ils sont nés et ont vescu jusqu'à aujourd'hui par une abjuration de toutes les erreurs et hérésies condamnées par notre Mère l 'Eglise".
"L'ayant admis à la communion des fidèles et absolutions des excommunications et censures par lui encourues...", le nouveau converti (N.C.) (1) est assuré de son salut et de l'accueil dans la communauté locale. L'ordre religieux est sauf (2).
Relevé effectué par Jacques PERRIER
(1) N.C. veut dire encore aujourd'hui "fou, traître dans l'expression en patois du pays cévenol : "Es nessi".
(2) Deux cas particuliers ont été relevés :
- Marie Gravier, baptisée le 22 février 1690, fille légitime de Jean Gravier, de la Mure en Dauphiné, et d'Ennemonde Lautier, de St-Quentin, en Dauphiné, se disant "être mariés ensemble, n'estant que par occasion à l'hôpital".
- Mathurin Poigron, forçat de la galère "Triomphante", laissé à l'hôpital par la dernière chiourne des galères passant à Arles (Hôtel Dieu, 1685)
Liste des abjurations à Arles à l'époque de la révocation
1670 Anthoinette MAURIN(E), de Nîmes, 24 ans, abjure au cours de son mariage avec Louis LECUL, de Montpellier, pâtissier
1679 Claude ARNOUX, de Montmaud (Gap), 20 ans,
1680 Paul JEAN de Noulan (Dauphiné), maître masson
1680 Théodore BRUN de Montbrun (Embrun), malade
1680 Jean BERTIN, de Lourmarin, malade
1681 Marguerite CARRIERE, de Sommières, 40 ans, née à Rotrodam, fille et femme d'apothicaire
1681 Pierre AUDIVIER de Millau
1681 Claude RAIB0U de Vaunavet (Dauphiné)
1681 Marguerite REYNAUD(E) de Dieuloufis, ne sait pas écrire
1682 Jeanne DAUMAS(E) d'Orange
1684 Jean BILLIOT de Roque d'Antheron, jardinier, habite Arles
1685 François BARGET0N de Caissargues, 35 ans, talonnier
1685 Jean BERNARD de Boufre (Dauphiné), soldat au régiment de Provence
1685 Jacques NICOLAS de Lourmarin, valet de mas
1685 Claude CHENAS de Nîmes, maître teinturier, habitant d'Arles
1685 Louis PRINCE fils de Marie BOUILLANE d'Uriage, fils de travailleur
1686 Jacques ESTORGUES de Tournon-les-Privas, 20 ans, soldat
1686 Marie MATI de Lourmarin
1686 Isaac MEYSONET de Vauvert, soldat au rgt de Provence
1689 Catherine CHALON(NE) de Grenoble (Fort Barreau), 24 ans, fille de cardeur
1690 Jacqueline JOUSSIERE de BURSSINEL, 50 ans, veuve d'Antoine FRANC de Morge (Suisse), de Marssillargues, marchand
1690 Marie GRAVIER (baptisée) de La Mure, 1 jour
1690 Anne MIGNON de BERRIEN de Picardie, 29 ans, célibataire
1694 Henri FELTON de Londres, 22 ans, fils d'Henri et de Judith VUINSON
N.B. En Provence, pour les femmes, le nom de famille est souvent féminisé.
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