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Sommaire du n°37 du Premier trimestre 1992

INFORMATIONS

COURRIER DES LECTEURS


Etudes

UNE FAMILLE PROTESTANTE ECLATEE : LES PICOT

VINCENNES, PRISON ANNEXE DE LA BASTILLE

UNE LISTE DE PROTESTANTS A ALGER EN 1836

L'AFFAIRE VINCENT PRIVAT ARLES, EN 1534

QUESTIONS

REPONSES


VINCENNES, PRISON ANNEXE DE LA BASTILLE , par Victor Renard





Les protestants prisonniers pour la foi, XVIle et XVIIle siècles



    La Bastille est la prison la plus célèbre de l'Ancien Régime. Après la prise de cette forteresse en 1789, le dépôt d'archives concernant les prisonniers de la généralité de Paris fut abandonné au pillage. Cependant, après quelques jours, on s'occupa de recueillir toutes les pièces que l'on put récupérer et on les déposa à la Bibliothèque de l'Arsenal. C'est un conservateur de cette bibliothèque, François Ravaisson, qui en entreprit le classement et la publication (1).

    La Bibliothèque de la SHPF possède plusieurs volumes de cette collection, notamment les volumes relatifs à l'époque de la Révocation.

    Un successeur de Ravaisson, Frantz Funck-Brentano dressa une liste des prisonniers et la publia dans un gros volume (2). Parmi les prisonniers de la Bastille, pour retrouver les protestants, c'est d'abord à la liste publiée par Funck-Brentano qu'il faut se reporter : le motif de l'incarcération est indiqué "pour RPR" (Religion Prétendue Réformée). Puis pour d'autres précisions, il faut se référer, soit à la publication de Ravaisson, soit aux Archives de la Bastille (3).

    Sur les protestants arrêtés à Paris, on trouvera d'utiles explications dans le travail de 0. Douen "La Révocation de l'Edit de Nantes à Paris" (4) que l'on peut consulter parmi les "usuels" de la Bibliothèque de la SHPF. Cet ouvrage a permis d'établir l'identité de plusieurs prisonniers de Vincennes (voir ci-après : indication abrégée "Révocation") 0. Douen avait composé précédemment "Les premiers pasteurs du Désert" (5) (voir ci-après : indication abrégée "Pasteurs du Désert"). Le premier volume est consacré principalement aux pasteurs, qui ont exercé un ministère clandestin dans la région parisienne. Mais le travail de défrichement de 0. Douen doit être complété, parfois rectifié, en se référant souvent au bulletin de la SHPF qui a publié des articles permettant d'élucider certains points.


(1) Voir RAVAISSON (F.) et RAVAISSON MOLLIEN (G.) "Archives de la Bastille", Paris A. Durand et Pedoue, Lauriel, 1886-1904. 19 volumes in 8°.

(2) "Les lettres de cachet à Paris", étude suivie d'une liste de prisonniers de la Bastille (1659-1789). Paris, Impr. nat. 1903. 482 pp.

(3) Voir "Les familles protestantes en France - Guide des Recherches biographiques et généalogiques". Paris, Archives nationales, 1987. Les dossiers de la Bastille sont mentionnés à la page 493. Bibliothèque de l'Arsenal.

(4) 3 volumes, Paris, Fischbacher, 1894.

(5) Paris, Grasset, 1879.
 

La prison de Vincennes après la Révocation

    Les protestants y furent peu nombreux, cependant cette prison est intéressante à étudier, car elle existe encore, on peut la visiter et quatre inscriptions de prisonniers protestants ont été trouvées, gravées sur les murs des cachots : trois dans le donjon et une dans le châtelet du donjon, deux de ces inscriptions sont signées Farie (6).

    Vincennes était un château royal et Charles V avait son bureau ou "Etude" dans le châtelet du donjon. Au XVIe siècle, les cachots étaient dans une tour de l'enceinte, tour qui fut surnommée "Tour de Calvin" ou "Tour du diable". Vers le milieu du XVIIe siècle, à. l'époque de Mazarin, deux grands bâtiments avaient été construits pour les hôtes royaux : Pavillon du Roi et Pavillon de la Reine. Cela permit de réserver le donjon aux prisonniers.

    A la Bibliothèque nationale, on conserve un registre (7) qui a pour titre "Mémoire des prisonniers détenus au château de Vincennes...". Ce registre correspond à la période 1685-1746. F. de Fossa en utilisant ce document a publié en annexe de son ouvrage "Le château historique de Vincennes" (8) une longue liste de tous les prisonniers avec les dates d'entré et de sortie. L'objet de la présente étude était d'établir une liste des protestants prisonniers à Vincennes en rectifiant et complétant la liste publiée dans la "France Protestante" (9).


(6) Voir bulletin SHPF 1938, p.61 et 1939 p. 208).

(7) Manuscrits Français n°14.061, 73 feuillets)

(8) Paris, Daragon éditeur, 1909, 2 volumes)

(9) première édition, tome X, pièce justificative XCVII p. 437.


   Cette liste avait été publiée en même temps dans le bulletin de la SHPF (Vie année, 1858, p. 288).

    Nous proposons ci-dessous une liste des prisonniers pour cause de "RPR". Ensuite nous étudierons différents cas, pour déterminer le motif (ou le prétexte) de l'incarcération, et le sort des malheureux, dont certains abjurèrent, plusieurs résistèrent jusqu'à la mort, trois purent retrouver la vraie liberté en exil : Clusel, Gabriel Maturin (dit Letang) et Pàtrier. Pour quelques-uns, la fin de la captivité reste incertaine et nous recueillerons avec intérêt les renseignements complémentaires.

    Ce travail a été fait en se servant seulement des sources imprimées. Cependant le guide "Les familles protestantes en France" (déjà indiqué ci-dessus) cite page 492 d'autres sources manuscrites, que nous n'avons pas pu consulter, par exemple à la Bibliothèque nationale : Clairambault 983 - Etats divers des prisonniers protestants de la Bastille, de Vincennes, de Charenton.

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Liste des prisonniers protestants à Vincennes -avec les dates d'entrée et de sortie- d'après le manuscrit français de la B.N. n°14.061


1685     Cardel (Jean)                              9 novembre 1685          24 août 1690
              Des    Vallons                             9 novembre 1685          12 août 1690
1689     Clusel                                        26 mai 1689                    12 août 1690
1690     Valses (Pierre de Salve)            12 janvier 1690                20 mars 1690
              Paradez                                      2 janvier 1690               20 mars 1690
              Letang (Gabriel Maturin)            17 avril 1690                  23 mai 1690
              Mallet                                        17 avril 1690                  12 août 1690
1691      Farie                                          18 août 1691
1692     Bastide, dit Malzac                     11 mars 1692                  15 mai 1692
              Elisée Geraut (Giraud)               13 mai 1692                    27 juin 1694
              Gardien (Givry)                          24 mai 1692                   27 juin 1694
1693     Roger                                         20 février 1693               29 août 1693
              Papus                                        11 octobre 1693             26 octobre 1697
1696     Pouilloux                                      1er mai 1696                   3 juillet 1699
              de Serres                                    1er mai 1696                   2 juillet 1699
              Francion                                     22 mai 1696                     3 juillet 1699
              Pardieu                                       16 mai 1696                   13 avril 1699
              Augustin Charbonnier                  31 juillet 1696                   3 juillet 1699
              Plâtrier                                         3 juin 1697                    17 septembre 1697
1698    Abraham Charton, de Noisy           3 mars 1698                  10 août 1698
1711    Jean du Saul                                   4 mars 1711
            Pierre Mercier                                 4 mars 1711



 
Commentaires sur la liste des prisonniers protestants

   Par rapport à la liste publiée par la "France protestante", nous avons retiré "La Capelle", qui ne fut enfermé ni à Vincennes, ni à la Bastille : Isaac Virouleau, dit La Capelle, lieutenant au régiment de Picardie, arrêté alors qu'il voulait sortir de France en guidant d'autres fugitifs, fut enfermé au Fort l'Evêque, puis au château de Ham en août 1686, libéré en octobre 1688. On le retrouve enfermé à Périgueux l'année suivante (10)

   D'après le manuscrit utilisé par F. de Fossa, nous avons ajouté Farie (dont on a retrouvé au donjon deux insscriptions), ainsi que Jean du Saul et Pierre Mercier en 1711.

   Sur la liste publiée par F. de Fossa, nous avons corrigé l'orthographe de certains noms, pour faciliter la compréhension, ou bien nous avons indiqué entre parenthèses le prénom ou le nom exact.

   On croit pouvoir deviner, dans certains cas, pourquoi le donjon de Vincennes sembla aux autorités préférable à la Bastille. Cela permettait des incarcérations plus discrètes .

   Jean Cardel, manufacturier en soie, originaire de Tours, avait fondé à Mannheim une entreprise qui prospéra. Cela inquiéta et déplut au gouvernement français, qui le fit enlever par trahison. Desvallons, "faux dénonciateur", avait accusé faussement Jean Cardel d'une prétendue conspiration contre la personne du roi. Il fut arrêté en même temps. Quand l'Electeur Palatin apprit de quelle manière Jean Cardel avait été pris sur le territoire du Palatinat, il demanda une réparation qu'il ne put obtenir. Plus tard, en 1690, l'affaire étant oubliée, Jean Cardel fut transféré à la Bastille, où il mourut après trente ans de captivité (11). Il ne faut pas confondre le traître Desvallons, incarcéré à Vincennes, avec son père Pierre Costil du Valon ou Desvallons, avocat au conseil, envoyé au Pont de l'Arche en 1696 et qui y mourut en 1698 (12).

   En 1689, on arrêta un médecin Jean du Condut, sieur du Clusel, originaire de Montpazier (arrondissement de Ber¬gerac). Il avait abjuré à regret en 1685, mais à Paris, il visitait les malades "nouveaux convertis". Il fut arrêté pour "avoir fait le ministre de la RPR". Il fut transféré en 1690 au château de Guise (13). Envoyé ensuite aux ga¬lères, il fut libéré en 1713, date à laquelle la reine Anne d'Angleterre obtint la libération de nombreux galériens (14).

 
(10) Voir Révocation tome II p.471.

(11) Voir Pasteurs du Désert, tome I, p.196 et Bull. SHPF XI, p.250.

(12) Révocation II, p.283 et III, p.102.

(13) Pasteurs du Désert, tome I, p.430 et Révocation, tome II, p.346.

(14) Gaston Tournier "Les galères de France et les galériens protestants", tome II, p.318.


    L'arrestation en 1689, du pasteur Paul Cardel incarcéré, en 1689, à la Bastille, s'était sans doute ébruitée. Peu après, l'ordre était donné de le transférer à la prison de l'Ile Sainte-Marguerite, avec la recommandation de "faire en sorte que personne ne sache ce qu'il était devenu". A partir de 1690, les ministres de Louis XIV, qui avaient la hantise du "secret", préférèrent envoyer au donjon de Vincennes, prison plus discrète, les pasteurs arrêtés à Paris, ensuite, comme pour Paul Cardel, ils les firent disparaître dans la prison de l'Ile Sainte-Marguerite. Il fallait que les arrestations restent ignorées des puissances étrangères protestantes. Les cinq pasteurs incarcérés à Vincennes sont :

- Pierre de Salve, dit Valses (1690)
- Gabriel Maturin dit Létang (1690)
- Mathieu Malzac, dit Bastide (1692)
- Elisée Giraud (1692)
- Gardien Givry (1692)

   C'est après de longues années de captivité que Gabriel Maturin sera enfin libéré vers 1714 grâce à l'intervention de la Hollande. A la prison de l'Ile Sainte-Marguerite, le mémorial huguenot rappelle la captivité de ces pasteurs.

   Les arrestations de Paradez et de Mallet ont eu pour motif l'accueil qu'ils avaient fait à deux de ces pasteurs. Jean Paradez, aubergiste protestant, chez lequel était logé le pasteur Pierre de Salve fut d'abord enfermé à Vincennes, puis transféré à la Bastille et ensuite le 7 janvier 1691 au château de Guise. Il fut relâché le 7 novembre 1691. Jean Mallet, avocat au Parlement de Paris, avait été mis à la Bastille en 1686, en même temps que sa femme, pendant que leurs filles étaient conduites aux Nouvelles Catholiques. En 1690 il fut arrêté pour avoir reçu le pasteur Gabriel Maturin, dit Létang, et il fut incarcéré à Vincennes. Comme Paradez, il fut transféré à la Bastille, puis au château de Guise. Il fut mis en liberté le 10 janvier 1693. 0. Douen (15) retrace l'histoire de ces deux prisonniers, ainsi que l'histoire de la famille de Jean Mallet, dont le beau-frère et la soeur (Prévôt et sa femme) furent expulsés hors du royaume en 1699, après avoir subi des années de captivité au château de Guise.

   La captivité de Farie, incarcéré en 1691, a été racontée dans le bulletin de la SHPF XXII, p.188 et LXXXVII (1938), p.61.

   En 1693, c'est un ancien catholique, converti par Malzac, l'horloger Edme Roger, qui est incarcéré. Impotent, il est transféré en août 1693 à l'Hôpital général (16).

D'après une annotation du manuscrit de la Bibliothèque nationale, auquel nous nous référons, Papus, arrêté en 1693, sortit de Vincennes en 1797 pour aller "aux Pères de l'Oratoire de Notre-Dame des Vertus". 0. Douen le confirme (17), son abjuration est "sincère". Il reste cependant une imprécision sur la gratification ou pension, qui récompensa cette abjuration.

   En 1696, c'est une affaire d'espionnage, qui retint l'attention des autorités, on arrêta Samuel Pouilloux et Gédéon de Serres, puis Henri Francillon (ou Francion). Dans ce cas, Vincennes était préférable pour éviter que les arrestations ne soient connues d'un réseau de complices éventuels. Mais on peut comprendre que, sans qu'il soit vraiment question d'espionnage, des protestants (ou "nouveaux convertis") ont été en relation avec la Hollande, soit avec des parents réfugiés, soit en vue de préparer des filières d'évasion.

D'après Funck Brentano (18) "Pouilloux Samuel, marchand, transféré de Vincennes à la Bastille, pour RPR et espionnage. Traduit devant les tribunaux, il avait été condamné, sa peine commuée en prison perpétuelle. Mort à la Bastille le 16 juin 1704. Sur Pouilloux et les deux prisonniers suivants (de Serres et Francillon), se reporter à la revue des amis de Villeneuve-de-Berg. "Souvenir de la commémoration officielle du IXe centenaire d'Olivier de Serres" (juillet 1939). Cet article se réfère à des sources manuscrites de la Bibliothèque nationale et des Archives de la Bastille (Bibliothèque de l'Arsenal; et permet de préciser :

 
(15) Pasteurs du Désert, tome I, p.259 et p. 294.

(16) Pasteurs du Désert, tome I, p.212, p.214 et p.434
        et Révocation, tome II, p.585.

(17) Révocation, tome II, p.214 et III., p.242 et p.418.

(18) Lettres de cachet n°1606, pp. 118 et 119.


   Samuel Pouilloux fut arrêté sur la dénonciation du curé de Moïse en Saintonge, qui signalait son départ de la paroisse. Il fut arrêté à Paris et accusé d'être en relations dans certains ports de guerre avec des religionnaires lui fournissant des renseignements destinés à l'étranger. Gédéon de Serres et Henri Francillon furent soupçonnés de complicité, bien qu'il semble que l'on n'ait pas trouvé de preuves certaines contre eux. Gédéon de Serres, avocat à Paris, descendant d'Olivier de Serres, fut transféré au château de Guise, où il se trouvait encore en 1712. Il est mentionné dans une liste de prisonniers protestants restant incarcérés à cette date, liste établie par le pasteur Daniel de Superville. Henri Francillon, étudiant en médecine transféré à la Bastille, n'en sortit libéré qu'en juin 1713.

   Pour Funck-Brentano (19), Jean de Pardieu, incarcéré en 1696, transféré à la Bastille en 1699 est un prêtre "qui faisait des mariages protestants". Cette indication est à rectifier après l'étude publiée par Denis Vatinel dans le cahier n°ll (avril-juin 1980) du Centre de Généalogie Protestante. Jean de Pardieu est un "nouveau converti", qui a abjuré en janvier 1686. Il est impliqué dans l'affaire du curé de Nids, Bernard de La Serre, qui faisait des "mariages difficiles" notamment des mariages de protestants (cahiers du C.G.P. n°9 et 10).

   Augustin Charbonnier, nouveau converti d'Alençon, est arrêté à Paris en 1696, soupçonné d'entretenir des correspondances avec des religionnaires fugitifs et même d'avoir servi de guide. De Vincennes, il fut transféré à la Bastille en 1699 "dans l'espoir qu'il profiterait des instructions données par les convertisseurs" (20). Pour Funk-Brentano (21), Charbonnier est un gazetier, qui a écrit contre le Roi et les ministres. De la Bastille, il sera ensuite conduit à Bicêtre, le 21 mars 1705.

   En 1677, avec Plâtrier, c'est l'histoire d'une famille, qui est expliquée par 0. Douen (22). Simon Le Plastrier, joaillier à Paris, avait épousé en 1673 Anne Chevalet. Il leur restait deux enfants, une fille et un fils. La fille fut enfermée aux Nouvelles Catholiques, le 2 mai 1697, mais un peu plus tard, elle s'évada. Le père chercha à fuir avec son fils, il fut arrêté à Lille. Le père fut incarcéré à Vincennes, le fils au Nouveaux Catholiques. Le père est relâché en septembre 1697, le fils en septembre 1698. Alors Simon Le Plastrier, sa femme et leurs deux enfants purent s'enfuir et gagner l'Angleterre, où après ces épreuves, ils furent naturalisés en 1700 (23).
 

(19) Lettres de cachet n°1594

(20) "Révocation", tome II, p.450 et III, p.53.

(21) Lettres de cachet n°1608.

(22) "Révocation", tome II, p.594.

(23) Voir Agnew, tome III, p.65.

 
   Sur Abraham Charton, plâtrier de Noisy-le-Sec, incarcéré en 1698, 0. Douen nous indique que c'était un "huguenot opiniâtre" (24).

   En 17 Jean du Saul et Pierre Mercier sont incarcérés à Vincennes. La liste dressée par Daniel de Superville en 1712 (25) nous apprend que Pierre Mercier, de Châtillon-sur-Loire, (près de Briare) et Jean de Saulle avaient été condamnés pour avoir chanté les psaumes et avoir participé à des assemblées dans les caves . Ils furent transférés des prisons d'Orléans au Petit Châtelet à Paris et de là à Vincennes. Dans le bulletin de la SHPF (XXX, p.329), un article sur "Les Assemblées du Désert à Châtillon-sur-Loire (bailliage d'Orléans)" apporte d'autres indications d'après le "dossier du procès" (conservé aux Archives du Loiret, série B. Extraordinaire criminel. Dossier spécial, 10 pièces). Pierre Mercier, tonnelier, âgé de 51 ans en 1710 et Jean Dusaule, pauvre vigneron âgé de 30 ans, avaient organisé des cultes clandestins, soit dans une cave, soit dans une carrière. On ne comprend pas comment le donjon de Vincennes fut choisi comme prison pour ces pauvres gens. On ne sait pas ce qu'ils devinrent.

   On n'a pas de récit de captivité à Vincennes, mais pour la Bastille, René Auguste Constantin de Renneville, incarcéré de 1702 à 1713, a publié ses souvenirs sous le titre "L'Inquisition française ou l'histoire de la Bastille". C. de Renneville, d'origine protestante, ne fut pas incarcéré pour religion. Il avait servi d'agent de renseignements à MM. de Chamillard et de Torcy en Hollande, mais revenu en France il fut soupçonné par M. de Torcy d'être un agent double. Il a vu arriver en 1706 Bernaville, qui avait été gouverneur de Vincennes et il décrit sa dureté et la rigueur, dont il fit preuve dès son arrivée à la Bastille.

   C. de Renneville a été enfermé avec Francillon, souffre-douleur d'un énergumène qu'il surnomme "Braillard". Il a apprécié le caractère de Samuel Pouilloux "d'une douceur et d'une affabilité exemplaires" qui mourut dans ses bras. Augustin Charbonnier avait beaucoup d'esprit, mais la prison et une dévotion outrée lui avaient tourné la tête. C. de Renneville parle de Jean Cardel et des conditions de son arrestation. "Il souffrait avec patience les plus grands maux plutôt que de renoncer à sa religion... Tout le temps que j'habitai la même chambre, il fut mon consolateur et mon soutien".
 

Victor LE RENARD

 

(24) "Révocation, tome III, p.58.

(25) Bull. SHPF XXVIII, p.73.
 
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