Frédéric-Fontaine, village du Pays de Montébéliard luthérien, fut crée en 1588 par seize réfugiés "pour cause de religion", parmi lesquels Rémy Croissant, originaire de Lorraine.
Cette rencontre eut lieu les 18, 19 et 20 mai 1991 à Edenkoben et Landau dans le Palatinat. Les participants, au nombre de 170, venaient d'Allemagne, de France et des Etats-Unis et représentaient les quatre branches familiales connues à ce jour :
- la branche catholique de Lorraine, 1545
- la branche luthérienne de Frédéric-Fontaine, 1588
- la branche calviniste d'Edenkoben, 1650
- la branche catholique du Val de Loire et de Bretagne, 1518
Conformément au voeu des organisateurs qui n'entendaient pas se satisfaire de son seul aspect convivial, la rencontre se fit autour de deux centres d'intérêt, la généalogie et les arts.
Au registre généalogique, nos amis allemands avaient préparé une intéressante exposition au Musée d'Edenkoben : un arbre généalogique gigantesque (8 mètres de long!), des photos, des dessins, des cartes montrant les mouvements migratoires, des armoiries, des objets de ces vieilles familles de vignerons. Dans ce cadre eut lieu la première communication "la famille du Palatinat" par Karl Croissant, de Mannheim.
Selon toute vraisemblance, il s'agit d'une famille huguenote contrainte de quitter le duché de Lorraine vers 1600 pour se réfugier à Sainte-Marie-aux-Mines où vivait une communauté calviniste. En 1630, à la suite de la paupérisation de la vallée, conséquence de l'épuisement des mines d'argent, la famille immigra dans le Palatinat, terre d'asile des huguenots. Né à Heildelberg en 1650, Nicolas Abraham Croissant, gardien du prince électoral, s'installait à Edenkoben, pays de sa femme et devenait l'ancêtre de la "branche allemande".
La seconde communication fut celle de l'Américain Bob Croissant consacrée à un exode en Russie. Cette odyssée extraordinaire est celle d'une famille qui quitta Edenkoben en 1793 pour le Caucase où le Tsar offrait des terres de peuplement assorties de franchises et de libertés. Mais un siècle plus tard, après les premières révoltes paysannes, ces franchises furent remises en cause. En 1907, 29 personnes, toutes de la famille, quittaient la Russie et s'installaient dans le Colorado...
Sous le titre "les familles Croissant françaises, allemandes et américaines, quelques liens généalogiques certains et supposés", j'assurai la troisième communication, essai d'une synthèse des travaux des différents chercheurs et qui donna lieu à une petite publication. Selon nos conclusions, il y aurait originellement deux familles Croissant distinctes : celle du Val de Loire (Laval 1518) et celle de Lorraine (Fontenay-le-Château vers 1545). La première est demeurée catholique. Elle immigra en Bretagne (Locronan 1634) et à Paris en 1596.
La seconde, en partie pénétrée par les idées de la Réforme, fut dispersée à la suite des édits des ducs Lorrains. De ce fait, trois branches issues de Fontenoy peuvent être distinguées. La branche calviniste allemande déjà citée, la branche montbéliardaise réfugiée à Frédéric-Fontaine en 1588 et celle qui, en Lorraine, demeurait fidèle à la confession catholique.
Chacune des trois communications fut traduite dans les trois langues. La projection du film "Naissance d'un village" (Frédéric-Fontaine) clôtura cette partie généalogique .
La partie artistique ne fut pas moins riche : concert de musique baroque par un orchestre composé de musiciens de la famille Croissant du Palatinat et exposition des oeuvres des peintres et sculpteurs, vivants ou disparus, tous descendants d'Abraham Croissant d'Edenkoben. Présentée durant deux mois dans une villa municipale de Landau, non loin de la "August Croissant Strass", cette exposition connut un succès dépassant largement le cadre familial de la rencontre. Elle donna lieu à la publication d'un luxueux ouvrage "Die pfâlzische kùnstlerfamilie Croissant" de Heinz Setzer et Manfred Croissant reproduisant les oeuvres les plus remarquables.
Signalons enfin le culte de Pentecôte consacré au refuge des huguenots français en Allemagne après la révocation de l'Edit de Nantes (cas d'Abraham d'Edenkoben), célébré par le pasteur Croissant en l'église protestante de Landau).
Pierre CROISSANT (*)
(* descendant de la branche de Frédéric-Fontaine)
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