REMONTRANCES
Reflexions sur les remontrances faites par les anciens de l'Eglise Réformée de Verteuil à certains de leurs coreligionnaires, de 1576 à 1593.
(Livre des actes du Consistoire de l'Eglise de Verteuil en Charente, A.N. TT 275 A) .
Il est banal de découvrir combien une quête généalogique, au cours du temps remonté, réserve au chercheur de surprises et d'enseignements de toutes sortes. Lorsque j'entrepris, il y a plusieurs décades de cela, de reconstituer systématiquement mon ascendance, j'étais fort loin de me douter que j'adhérerai au Centre de Généalogie Protestante... Mes aïeux CHAUVIN qui avaient fui Morges, sur les bords du Léman, en 1530, pour ne pas subir les violences de Naegeli et de ces "Messieurs de Berne", avaient forgé une tradition orale suffisamment forte pour qu'elle me soit parvenue et ne me laisse aucun doute sur l'intégralité de mon catholicisme! Deux recherches devaient me surprendre en situant à Chatellerault, Couhé et Ruffec des ancêtres dans des communautés protestantes actives... et je me retrouvais petit neveu de pasteurs ardents, héritier de victimes de dragonnades, d'exilés et d'opiniâtres... Une dimension nouvelle venait de m'être donnée pour enrichir mes reflexions. Après avoir réconcilié en soi les manants, les bourgeois et les nobles de son ascendance, il restait au chercheur à faire la synthèse de son double héritage de "parpaillots" et de "papistes"!
C'est dans un esprit qui se voudrait ouvert et curieux -d'aucuns le trouveront sans doute naïf- que se fit la lecture du document exploité ici et dont seront tirées les informations de cet article.
Sans prétention statistique, il a paru intéressant d'établir une comptabilité relative sur les remontrances faites en dix-sept ans au sein d'une église donnée, sans commentaire sur leur teneur et leur formulation.
Le généalogiste soulignera cependant que cet état confirme la non étanchéité religieuse au sein de familles souvent partagées entre les deux cultes et attachées à des coutumes dénoncées par la Réforme. .Après l'étonnement de ses premières lectures de registres, il ne s'étonnera plus, particulièrement dans l'état de parrain ou de marraine, de trouver des catholiques face au pasteur et des protestants face aux curé. Avec cette constatation s'estompe la conception primaire selon laquelle, dans les régions ici étudiées, s'opposaient dans un quotidien hostile les deux communautés. Cette permanence dans les rites semble avoir beaucoup préoccupé les responsables locaux comme en témoignent, le fait qu'une remontrance sur deux, environ, ait pour objet cette inertie rituelle, et ce texte rédigé par M. du Mosnard, pasteur à Verteuil, en 1592 :
"Pour empêcher les dissolutions et scandales qui se commettent aux noces et aux danses qui s'y font, il a été admis que désormais il ne se publierait point annonce de mariage que premièrement l'on ne sache si les deux parties sont de la religion, afin que si il n'y en a qu'un qui en soit il fasse profession publiquement, et au cas qu'ils en soient tous les deux ils feront promesse au Consistoire ou devant trois ou quatre anciens. Il ne se fera aucune danse et l'on ne recevra aucune sorte de ménétrier. Et s'ils ne tiennent la dite promesse ne seront réputés pour membres de l'église".
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