Nicolas Stoskopf, Les Patrons du Second Empire, Banquiers et Financiers parisiens Picard /éditions Cenomane, 2002, 384 pages, ill.
CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DU PROTESTANTISME DANS LE DIOCESE DE REIMS : LES VISITES EPISCOPALES DE CHARLES-MAURICE LE TELLIER (1672 - 1702), par Odile Jurbert- page 5
L’intérêt que représentent pour les historiens les comptes rendus de visites épiscopales est bien connu depuis longtemps. Outre de très nombreuses informations sur la vie religieuse des populations catholiques des villes et des campagnes (formation intellectuelle, moralité et situation matérielle du curé et des vicaires, relations avec les paroissiens, dévotions et confréries…), ces documents fournissent de multiples renseignements dans le domaine de l’art et de l’archéologie (état de l’église, du mobilier liturgique, des objets du culte), de l’éducation (présence d’école, nature de l’enseignement) et de la sociologie ou de l’histoire rurale (utilisation du cimetière).
Les visites se révèlent en outre souvent riches en données sur les pratiques déviantes (sanctuaires à rémission, dévotions anciennes pourchassées…) ou les personnes suspectes (comme les ermites qui suscitent l’inquiétude des autorités ecclésiastiques dans la seconde moitié du XVIIe siècle en raison de leur vie en retrait du cadre paroissial). Dans les régions à présence protestante, les visites ne doivent pas être négligées, au même titre et avec les mêmes précautions que pour les autres sources répressives, en raison de la documentation qu’elles peuvent apporter sur les « hérétiques ».
LES LA TREMOILLE ET LE PROTESTANTISME au XVIe et au XVIIe siècle (Suite), par Jean-Luc Tulot- page 27
4. HENRI DE LA TREMOILLE, IIIe DUC DE THOUARS
Henri de La Trémoille, troisième duc de Thouars, est un personnage que nous avons tous rencontré dans notre enfance en lisant, dans la bibliothèque verte, Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas.
C’est, en effet, dans l’hôtel du duc, à Paris que se réfugia un jour de l’an 1625, Bernajoux, ce garde du Cardinal, blessé par d’Artagnan. Le lendemain, Louis XIII, à l’issue de la rencontre qu’il eut à ce propos avec le duc de La Trémoille, lui fit remarquer qu’il voulait être de ses amis, mais qu’il le négligeait ; il y avait bientôt trois ans qu’il ne l’avait vu, si ce n’est quand il l’envoyait chercher.
A quoi Henri de La Trémoille répondit : « Merci, sire ; mais que Votre Majesté croie bien que ce ne sont point ceux qu’elle voit à toute heure du jour qui lui sont les plus dévoués ». Dumas dans cette anecdote qu’il a puisé dans les Mémoires de Monsieur d’Artagnan publiées en 1700 par Courtilz de Sandras, donne comme nous le constaterons, une image véridique du duc de La Trémoille.
En ce début du XVIIe siècle, Henri de La Trémoille était un des plus grands seigneurs du royaume. Il portait les titres de : duc de Thouars, prince de Tarente et de Talmont, comte de Laval, Villefranche, Montfort, Quintin, Taillebourg, Bénon, Guynes et Jonvelles, vicomte de Rennes et de Bais, baron de Vitré, Didonne, Berrie et Mauléon, marquis d’Espinay. Mais, en dehors de cette anecdote rapportée par Alexandre Dumas, il n’est cité dans les livres d’histoire que pour avoir abjuré entre les mains du cardinal de Richelieu, le 18 juillet 1628, lors du siège de La Rochelle.
Même les historiens de Thouars tendent à minimiser son rôle en attribuant la construction du nouveau château de cette ville à son épouse, Marie de La Tour d’Auvergne. Pourtant comme le souligne Norbert Elias, dans la société de cour de ce premier XVIIe siècle, la grandeur et la magnificence de l’habitation n’étaient pas en premier lieu une marque de la richesse, mais une marque du rang. L’apparence de la maison de pierre dans l’espace est, pour le grand seigneur et toute la société seigneuriale, le symbole de la position et de l’importance du rang de la « maison » dans le temps, c’est à-dire du lignage, dont le maître de la maison est le représentant vivant .
Les historiens protestants n’ont qu’une connaissance très superficielle de Henri de La Trémoille . Ils ne voient en lui qu’un grand de plus qui déserta le protestantisme . Aucun d’entre eux, notamment, ne prend en compte l’influence qu’exerça sur lui Duplessis-Mornay, le sage du protestantisme français. Pourtant, s’ils avaient ouvert l’Histoire de la vie de ce dernier, publiée en 1647 et les deux volumes de l’édition de 1651-1652 de sa correspondance pour les années 1600-1623 , ils auraient vu combien le « pape des huguenots » veilla à l’éducation et à la formation du jeune duc de La Trémoille, le morigénant au besoin lorsqu’il s’engagea imprudemment en 1615 aux cotés de son cousin-germain, le prince de Condé. En 1621, Henri de La Trémoille, suivant ses préceptes, tenta jusqu’au bout de convaincre les faucons de l’assemblée de La Rochelle de renoncer à la guerre ; mais Duplessis Mornay n’était plus alors qu’une figure du passé.
Pour leur part, les historiens catholiques ignorent Henri de La Trémoille car, en dépit de sa conversion, s’il favorisa l’implantation d’ordres catholiques à Thouars (les Ursulines en 1632, les Clairettes en 1652), il ne chercha ni à obliger son épouse à se convertir, ni à interdire le culte protestant dans ses possessions . Qu’auraient-ils pensé de lui en apprenant qu’en décembre 1659, lors de la visite que fit au château de Thouars le ministre Jacques Couët-du- Vivier, il lui demanda de répéter « une partie des choses » qu’il avait dites en chaire .
PROTESTANTS D’ANNONAY ET DE BOULIEU LES ANNONAY 1570 à 1770 environ PATRONYMES ASSEZ SOUVENT RENCONTRES SUR ENVIRON QUINZE MILLE PERSONNES RECENSEES DEUXIEME LISTE - page 53