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Querelles de clocher dans l’Ancienne Confédération helvétique (1520-1540) : collateurs, dîmes et Réforme

Au cours des années 1520-1540, l’introduction de la Réforme en Suisse s’accompagne d’innombrables querelles portant sur la destination des dîmes, sur les droits de collation, l’entretien du clergé, ou encore sur l’utilisation et la réparation des bâtiments dédiés au culte. À travers ces conflits, les autorités séculières et les communautés d’habitants cherchent non seulement à favoriser ou à bloquer la progression des idées nouvelles, mais aussi à promouvoir leurs intérêts particuliers et temporels. Les droits de collation et de patronage, les nombreux traités de combourgeoisie et les paix nationales deviennent dès lors autant de leviers juridictionnels mis à disposition de ces divers protagonistes – institutions, collectifs, individus – qui en font certes usage par la conviction d’assurer, par ces divers moyens, leur salut et celui de leurs alliés, mais aussi dans le but d’obtenir des concessions à propos de litiges plus terre-à-terre et déjà anciens. Cet article montre ainsi que la Réformation n’est pas uniquement affaire de conviction et d’aspirations intimes, mais qu’elle est aussi l’objet de tractations juridiques et économiques qui redessinent la carte confessionnelle et politique de l’Ancienne Confédération helvétique. La vallée de Moutier, troublée par une discorde qui dure plusieurs années et lors de laquelle deux cantons séparés par la confession sont amenés, en raison des circonstances, à s’allier pour exiger des communautés d’habitants qu’elles versent la dîme à leurs collateurs, offre un exemple éclairant de la complexité et de la fragilité qui accompagne l’implantation de la Réformation en Suisse, où la révolution religieuse est également procédurière.